Intitulée « Special flag », cette importante exposition marque un événement, en ce sens que c'est la première du genre, consacrée au drapeau en tant que motif susceptible d’être traité dans des œuvres plastiques. Pourtant, le drapeau du Maroc ne manque pas d’attraits en terme de forme ou de couleur. Dans l’un de ses textes les plus importants sur la peinture, « De la couleur », le poète et critique d’art Charles Baudelaire écrit : « Supposons un bel espace de nature où tout verdoie, rougeoie, poudroie et chatoie en pleine liberté, où toutes choses, diversement colorées suivant leur constitution moléculaire, changées de seconde en seconde par le déplacement de l’ombre et de la lumière, et agitées par le travail intérieur du calorique, se trouvent en perpétuelle vibration, laquelle fait trembler les lignes et complète la loi du mouvement éternel et universel ». Il est difficile de ne pas penser au drapeau du Maroc quand on lit les propos de Baudelaire par lesquels il manifeste son idéal de la couleur.
Le drapeau, comme motif, a intéressé de nombreux artistes peintres et plasticiens depuis, au moins, le tableau d’Eugène Delacroix Liberté guidant le peuple, en passant par les peintres impressionnistes, en interpellant les artistes du Pop art et, jusqu’aux artistes contemporains qui en font l’un des sujets privilégiés de leurs œuvres. Ce motif a tellement intéressé les artistes plasticiens que certains l’ont rehaussé au rang de genre, à l’instar de Jasper Johns dont la renommée est inséparable de la série Flag.
